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Tokyo 2020 : l’épopée paralympique des Belgian Bulls

Dans Équipe nationale

Les Belgian Bulls ont vécu à Tokyo l’une des plus grandes épopées de l’histoire du goalball belge. Premiers d’un groupe exceptionnellement serré après des victoires contre la Chine et la Turquie, les Belges ont vu leur rêve de médaille s’arrêter en quart de finale face à la Lituanie, au terme d’un parcours marqué par l’exploit, la visibilité et les regrets.

Une histoire mémorable

Cette épopée n’a pas été parfaite. Elle a été plus intéressante que cela : brillante, fragile, humaine, frustrante, et profondément révélatrice de ce qu’était alors le goalball belge. Les Bulls avaient l’expérience des grands rendez-vous, un collectif fort, un trio familial exceptionnel avec les frères Vanhove, un finisseur capable de faire basculer un match comme Klison Mapreni, mais aussi les limites d’un sport encore trop peu professionnalisé, où les joueurs devaient construire une ambition mondiale avec des moyens bien plus modestes que ceux de nombreuses grandes nations.

Tokyo n’a donc pas seulement raconté une élimination en quart de finale. Tokyo a raconté une génération. Une équipe qui avait conquis le bronze mondial en 2018, retrouvé les Jeux après l’absence de Rio 2016, porté le goalball belge à un niveau de visibilité inédit, puis laissé derrière elle une trace qui continuerait à nourrir l’histoire des Belgian Bulls plusieurs années plus tard.

Pour comprendre la portée de Tokyo, il faut d’abord rappeler ce qu’est le goalball. C’est l’un des rares sports spécifiquement paralympiques, conçu pour les personnes aveugles et malvoyantes, sans véritable équivalent olympique direct. Deux équipes de trois joueurs s’affrontent sur un terrain, devant une cage de neuf mètres de large. Tous les joueurs portent un bandeau opaque afin d’égaliser totalement les conditions de vision. Le ballon contient des grelots, et les joueurs doivent écouter sa trajectoire, se repérer dans l’espace, défendre avec tout le corps et attaquer avec puissance, précision et vitesse.

Cette singularité fait la richesse du goalball, mais explique aussi sa difficulté à être compris immédiatement par le grand public. Là où d’autres sports paralympiques peuvent être comparés à leur équivalent olympique, le goalball demande un apprentissage. Il faut découvrir ses règles, sa logique sonore, son intensité défensive, la violence maîtrisée des lancers, la coordination collective et la tension permanente créée par le silence nécessaire autour du jeu.

La Belgique n’arrive pas à Tokyo sans histoire dans cette discipline. Les Belgian Bulls avaient déjà participé aux Jeux paralympiques à Montréal 1976, Arnhem 1980, Pékin 2008 et Londres 2012. À Londres, la Belgique avait terminé septième. Mais l’équipe avait ensuite manqué la qualification pour Rio 2016, un échec qui a marqué le début d’un nouveau cycle de reconstruction et d’ambition.

Ce cycle allait connaître son tournant majeur en 2018, aux Championnats du monde de Malmö.

Malmö 2018, le point de départ de Tokyo

Le vrai basculement de l’histoire récente des Belgian Bulls survient aux Championnats du monde 2018. En Suède, la Belgique réalise l’un des plus grands exploits de son histoire en décrochant la médaille de bronze. Dans le match pour la troisième place, les Bulls battent la Lituanie 9-2. Ce succès est immense : la Lituanie est alors championne paralympique en titre, et cette victoire belge offre surtout une qualification directe pour les Jeux paralympiques de Tokyo.

Ce bronze mondial change le statut de l’équipe. La Belgique n’est plus seulement une nation capable de surprendre. Elle devient une équipe identifiée, respectée, attendue. Dans les discours de l’époque, l’objectif n’est plus simplement de participer aux grands tournois. Il s’agit de rester dans le haut du classement mondial, de confirmer, et pourquoi pas de viser une nouvelle médaille majeure.

Cette montée en puissance ne s’est pas faite par hasard. Le projet belge s’est structuré progressivement : davantage de stages, davantage de tournois de préparation, une meilleure condition physique, un coaching renouvelé, une équipe plus méthodique. Johan De Rick occupe le rôle de head coach, tandis que Tom Cooman est associé à l’évolution du staff dans le cycle post-Rio. Cette progression donne aux Bulls une assise nouvelle.

Mais cette progression reste celle d’un sport aux moyens limités. Le cas de Tom Vanhove l’illustre bien : il expliquait encore avant Tokyo qu’il travaillait à temps partiel dans l’IT et qu’il n’était pas professionnel à plein temps. Cette donnée est importante. Elle rappelle que l’aventure belge s’est construite moins sur l’abondance de ressources que sur la continuité, la solidarité, l’intelligence collective et une culture sportive très forte.

Tokyo, des Jeux reportés et une préparation perturbée

Les Jeux paralympiques de Tokyo ont gardé leur nom officiel de Tokyo 2020, mais ils se sont disputés en 2021 en raison de la pandémie de Covid-19. Le tournoi de goalball s’est déroulé au Makuhari Messe, du 25 août au 3 septembre 2021. Pour les Belgian Bulls, comme pour l’ensemble du mouvement paralympique, le cycle a donc été bouleversé.

La pandémie a perturbé les routines de préparation, réduit les contacts, modifié les calendriers et imposé une forme d’incertitude permanente. Les joueurs ont dû composer avec des entraînements adaptés, parfois plus individualisés, et une préparation moins linéaire que prévu. Tom Vanhove évoquait notamment des entraînements plus légers à domicile pendant certaines périodes, tout en jonglant avec sa vie familiale et professionnelle.

Cette dimension ne doit pas être sous-estimée. Les Belgian Bulls arrivent à Tokyo avec beaucoup d’expérience, mais aussi avec les fragilités propres à un sport de haut niveau encore sous-doté. Ils ont le vécu, les automatismes, le talent et l’ambition. Mais ils n’ont pas le confort structurel des programmes les mieux financés. C’est précisément ce contraste qui rend leur parcours aussi fort.

Les Vanhove, une histoire familiale au cœur du collectif

Parmi les éléments les plus singuliers de cette équipe, il y a évidemment la présence du trio Vanhove : Arne, Bruno et Tom. Trois frères dans une même équipe paralympique, au plus haut niveau mondial, dans un sport collectif aussi exigeant que le goalball. Cette histoire familiale pourrait être racontée comme une anecdote. Elle est en réalité beaucoup plus profonde.

Les Vanhove incarnent une partie de la continuité belge. Tom et Bruno avaient déjà connu les grands rendez-vous précédents, notamment Londres 2012, avant qu’Arne ne s’inscrive lui aussi dans le noyau national. Leur présence commune donne aux Belgian Bulls une dimension humaine rare. Dans un sport où la communication, la confiance et l’écoute sont fondamentales, cette proximité compte.

Tom Vanhove a souvent décrit l’équipe comme une forme de famille sportive. La présence de ses frères ne crée pas seulement une particularité dans la composition du groupe ; elle renforce l’idée d’un collectif soudé, où les joueurs se connaissent intimement et où la relation humaine nourrit directement la performance.

Bruno Vanhove porte, lui, une dimension symbolique encore plus forte à Tokyo. Il est choisi comme co-porte-drapeau de la délégation belge lors de la cérémonie d’ouverture, aux côtés de la cavalière Michèle George. La Belgique aligne alors 31 athlètes dans 10 sports. Voir un joueur de goalball porter le drapeau national donne une visibilité exceptionnelle à une discipline encore trop peu connue.

Ce geste dépasse le protocole. Il place le goalball au centre de la représentation paralympique belge. Pour un sport collectif spécifiquement paralympique, c’est un moment de reconnaissance rare.

 

Une visibilité nouvelle pour un sport trop discret

La question de la visibilité est centrale dans l’épopée de Tokyo. Tom Vanhove avait rappelé qu’en 2012, le goalball n’était pas diffusé, ce qui avait limité la possibilité pour les proches, les familles et le public belge de suivre réellement l’équipe. Il voyait dans Tokyo une occasion importante de mieux faire connaître le sport, de susciter de l’intérêt et de faciliter le recrutement de nouvelles générations.

À Tokyo, cette visibilité franchit un cap. La rencontre contre l’Allemagne est diffusée en direct à la télévision par la RTBF, tout comme le quart de finale contre la Lituanie. Ces diffusions donnent au goalball belge une exposition rare, dans un moment de très haute intensité sportive. Pour un sport encore largement méconnu, apparaître sur le service public dans un contexte paralympique représente bien plus qu’une retransmission : c’est une forme de légitimation.

Le quart de finale contre la Lituanie va encore plus loin. À Bruxelles, la rencontre est projetée dans un cinéma du Docks Bruxsel. L’image est forte : un match de goalball, sport sonore, tactique, paralympique, suivi collectivement dans une salle de cinéma. Ce moment raconte ce que les Belgian Bulls avaient réussi à créer : une attente, une fierté, une curiosité, un lien avec le public.

Tokyo a donc été un tournoi sportif, mais aussi une séquence de médiatisation. Les Bulls ont rendu visible un sport qui, trop souvent, reste absent des écrans. Ils ont montré qu’un match de goalball pouvait créer de la tension, de l’émotion, du suspense et une véritable dramaturgie collective.

Un groupe B totalement imprévisible

Sportivement, la Belgique est placée dans le groupe B avec la Chine, la Turquie, l’Allemagne et l’Ukraine. Le format est simple : dix équipes masculines sont réparties en deux groupes de cinq, et les quatre premières de chaque groupe accèdent aux quarts de finale.

Sur le papier, la poule est extrêmement dense. La Chine est une nation majeure. L’Allemagne est championne d’Europe et capable de verrouiller n’importe quel match. La Turquie possède un vrai potentiel offensif. L’Ukraine est solide, structurée, difficile à manœuvrer. Aucun match n’est réellement confortable.

Le tournoi belge va pourtant commencer par un coup d’éclat.

Belgique - Chine : l’entrée parfaite et le match de Klison Mapreni

Le 26 août 2021, la Belgique affronte la Chine pour son premier match. Les Bulls livrent une prestation énorme et s’imposent 10-3. Le score est déjà remarquable. Mais la performance individuelle de Klison Mapreni l’est encore davantage : il inscrit huit des dix buts belges. Tom Vanhove et Wassime Amnir complètent le total belge.

Ce match a valeur de manifeste. La Belgique entre dans les Jeux sans complexe, face à une nation qui ira jusqu’à la finale paralympique quelques jours plus tard. Les Bulls ne gagnent pas seulement : ils frappent fort. Ils imposent leur rythme, contrôlent défensivement l’adversaire et construisent un écart de sept buts qui deviendra décisif pour la suite du tournoi.

La performance de Klison Mapreni est l’un des grands moments individuels de l’histoire récente du goalball belge. Huit buts dans un match paralympique, contre la Chine, ce n’est pas une simple statistique. C’est une prise de pouvoir. C’est le type de match qui installe un joueur dans une compétition et donne à tout un collectif la conviction qu’un grand parcours est possible.

Mais ce 10-3 est aussi un résultat d’équipe. Pour qu’un joueur marque huit buts, il faut que l’équipe récupère, défende, communique, résiste, relance et maintienne la structure. La Belgique limite la Chine à trois buts. Cette solidité est l’autre face du match : derrière la performance offensive, il y a une organisation collective très forte.

Turquie - Belgique : la confirmation collective

Le lendemain, la Belgique affronte la Turquie. Le match est beaucoup plus serré, plus tactique, plus tendu. Les Bulls s’imposent 6-4. Cette fois, la répartition offensive est plus collective : Bruno Vanhove marque trois buts, Klison Mapreni deux, Tom Vanhove un.

Ce succès est peut-être moins spectaculaire que celui contre la Chine, mais il est tout aussi important. Il prouve que la Belgique peut gagner de deux façons : en dominant largement lorsque l’attaque prend feu, mais aussi en contrôlant un match plus équilibré, où chaque erreur peut coûter cher.

Bruno Vanhove y prend une place essentielle. Après le récital de Klison contre la Chine, le joueur porte-drapeau belge assume ses responsabilités offensives et donne une deuxième victoire aux Bulls. Après deux journées, la Belgique compte deux succès en deux matchs. Dans un groupe aussi relevé, le départ est idéal.

À ce moment-là, l’idée d’un très grand tournoi belge commence à prendre forme. Les quarts sont presque en vue. Et au-delà des quarts, la possibilité d’un dernier carré n’est plus une simple rêverie.

Allemagne - Belgique : le coup d’arrêt devant les caméras de la RTBF

Le troisième match, contre l’Allemagne, marque un basculement. La rencontre est diffusée en direct à la télévision par la RTBF. C’est un moment important pour la visibilité du goalball belge, mais sur le terrain, les Bulls se heurtent à un mur.

L’Allemagne verrouille le match et s’impose 2-0. La Belgique ne parvient pas à marquer. Ce résultat très fermé raconte une autre facette du tournoi : quand le rythme belge est cassé, quand les espaces se réduisent, quand les principales options offensives sont contenues, les Bulls peuvent se retrouver en difficulté.

Cette défaite n’efface pas les deux premières victoires, mais elle rappelle brutalement le niveau d’exigence paralympique. Dans ce groupe, rien n’est acquis. Un match peut être gagné largement un jour, puis bloqué totalement le lendemain.

C’est aussi à partir de cette rencontre que Klison Mapreni commence à ressentir une douleur à l’avant-bras. Ce détail va prendre de l’importance dans la suite du tournoi. Dans un sport où les lancers sollicitent constamment le bras, le poignet, l’avant-bras, l’épaule et le tronc, une douleur de ce type peut modifier la puissance, la précision, la répétition des efforts et la confiance dans le geste.

Belgique - Ukraine : une défaite, puis l’attente

Le quatrième match, contre l’Ukraine, place la Belgique dans une situation de tension. Les Bulls s’inclinent 4-2, malgré deux buts de Klison Mapreni.

Après deux victoires initiales, la Belgique termine donc sa phase de groupe par deux défaites. Le scénario devient incertain. Les Bulls doivent attendre les autres résultats pour connaître leur classement final. Dans un groupe aussi serré, tout peut se jouer à la différence de buts.

Et c’est exactement ce qui se produit.

Les cinq équipes du groupe B terminent avec le même bilan : deux victoires, deux défaites, six points. Dans ce chaos parfaitement équilibré, la Belgique prend la première place grâce à sa différence de buts : 18 buts marqués, 13 encaissés, +5. L’Ukraine termine deuxième, la Turquie troisième, la Chine quatrième et l’Allemagne cinquième, éliminée malgré le même nombre de points que les quatre autres équipes.

Ce classement est l’un des faits les plus incroyables de l’épopée belge. La Belgique n’a pas dominé son groupe du début à la fin. Elle l’a gagné grâce à l’ampleur de ses bons matchs, en particulier le 10-3 contre la Chine. Dans un tournoi paralympique, chaque but compte. À Tokyo, les Bulls en donnent une démonstration parfaite.

Une première place qui change tout

Finir premier d’un groupe composé de la Chine, de la Turquie, de l’Allemagne et de l’Ukraine est un exploit. Même avec deux défaites, cette première place raconte quelque chose de fort : la Belgique a su frapper au bon moment, construire les bons écarts et préserver une différence suffisante.

Cette première place transforme aussi la perception du tournoi. Les Bulls ne sont pas seulement qualifiés. Ils arrivent en quart de finale comme vainqueurs de groupe. Ils peuvent croire au dernier carré. Ils peuvent rêver d’une médaille paralympique.

Mais l’adversaire qui se présente en quart de finale donne immédiatement au match une dimension particulière : la Lituanie.

Résultats en phase de groupe

Date Match Résultat Marqueurs belges
26 août 2021 Belgique - Chine 10-3 Klison Mapreni 8, Tom Vanhove 1, Wassime Amnir 1
27 août 2021 Turquie - Belgique 4-6 Bruno Vanhove 3, Klison Mapreni 2, Tom Vanhove 1
28 août 2021 Allemagne - Belgique 2-0 Aucun but belge
29 août 2021 Belgique - Ukraine 2-4 Klison Mapreni 2

Classement du groupe B

Rang Équipe Matches Victoires Nuls Défaites Points Buts pour Buts contre Différence
1 Belgique 4 2 0 2 6 18 13 +5
2 Ukraine 4 2 0 2 6 18 15 +3
3 Turquie 4 2 0 2 6 15 15 0
4 Chine 4 2 0 2 6 21 22 -1
5 Allemagne 4 2 0 2 6 16 23 -7

La Lituanie, un adversaire chargé d’histoire

Belgique - Lituanie n’est pas une affiche neutre. Trois ans plus tôt, à Malmö, la Belgique avait battu cette même Lituanie 9-2 dans le match pour la médaille de bronze mondiale. Cette victoire avait qualifié les Bulls pour Tokyo. La Lituanie était alors championne paralympique en titre. Retrouver cet adversaire en quart de finale paralympique donne donc au match une charge symbolique énorme.

La Belgique retrouve le pays qu’elle avait renversé pour décrocher son ticket paralympique. Mais cette fois, l’enjeu est encore plus grand : une place en demi-finale des Jeux.

La rencontre est diffusée en direct par la RTBF. Elle est aussi projetée dans un cinéma du Docks Bruxsel. À Bruxelles, des supporters suivent l’équipe devant grand écran. L’image est puissante : le goalball belge, sport encore trop discret, devient le temps d’un quart de finale un rendez-vous collectif.

Le quart de finale : une défaite de seuil

Le 31 août 2021, les Belgian Bulls s’inclinent 7-4 contre la Lituanie. Tom Vanhove inscrit trois des quatre buts belges. Wassime Amnir marque l’autre. Côté lituanien, Genrik Pavliukianec joue un rôle majeur avec quatre buts.

La Belgique n’est pas absente du match. Elle marque, elle résiste, elle existe. Mais la Lituanie maîtrise mieux les moments importants. Elle impose son expérience, exploite les temps faibles belges et conserve l’avance nécessaire.

Ce quart de finale est le nœud tragique du tournoi belge. En 2018, la Belgique avait battu la Lituanie pour monter sur le podium mondial. À Tokyo, la Lituanie referme la porte du dernier carré paralympique. Le parallèle est cruel.

La défaite n’est pas une déroute. C’est une défaite de seuil. Elle montre que la Belgique appartient bien au très haut niveau, mais qu’il lui manque encore quelque chose pour transformer un grand tournoi en médaille paralympique : plus de profondeur, plus de constance offensive, plus de fraîcheur physique, plus de capacité à faire basculer le match couperet.

La douleur de Klison Mapreni, un tournant physique et tactique

Le quart de finale est aussi marqué par un élément important : Klison Mapreni doit quitter le match en raison d’une douleur à l’avant-bras. Cette gêne était déjà apparue à partir du match contre l’Allemagne. Elle n’arrive donc pas de nulle part. Elle accompagne la fin de la phase de groupe et pèse sur le moment le plus important du tournoi belge.

Il serait réducteur d’expliquer l’élimination uniquement par cette douleur. La Lituanie a gagné parce qu’elle a été solide, efficace et plus forte dans les moments décisifs. Mais il serait tout aussi réducteur d’ignorer l’impact d’une telle gêne sur la performance belge.

Klison Mapreni avait été le grand accélérateur offensif des Bulls à Tokyo. Huit buts contre la Chine, deux contre la Turquie, deux contre l’Ukraine : sur les 18 buts belges de la phase de groupe, il en inscrit 12, soit environ deux tiers de la production offensive belge.

Perdre un joueur de ce poids, ou devoir composer avec un joueur diminué, modifie forcément l’équilibre d’une équipe. En goalball, l’avant-bras intervient dans la puissance du lancer, la précision, la défense, les appuis, la répétition des efforts et la confiance dans l’action. Dans un quart de finale paralympique, ce type de détail peut peser très lourd.

Une épopée sans médaille, mais pas sans héritage

Au-delà des résultats, Tokyo a donné au goalball belge une portée sociétale. Les Bulls ont représenté un sport spécifiquement conçu pour les personnes aveugles et malvoyantes, un sport sans équivalent olympique direct, un sport où l’écoute remplace le regard, où l’espace se construit par le son, où la confiance collective est fondamentale.

La diffusion sur RTBF/Tipik, la projection au Docks Bruxsel, le rôle de Bruno Vanhove comme porte-drapeau, la performance face à la Chine, la première place de groupe : tous ces éléments ont contribué à sortir le goalball de son cercle habituel. Pendant quelques jours, les Belgian Bulls ont montré au public belge que ce sport pouvait être spectaculaire, stratégique, intense et profondément émotionnel.

Cette visibilité n’est pas seulement importante pour la reconnaissance des joueurs. Elle l’est aussi pour l’avenir de la discipline. Tom Vanhove soulignait déjà l’importance de la médiatisation pour faire connaître le goalball et attirer de nouvelles générations. Tokyo a donné une preuve concrète de ce potentiel.

Les Belgian Bulls n’ont pas remporté de médaille à Tokyo. Mais réduire leur tournoi à cette absence de podium serait injuste. Ils ont battu la Chine, future finaliste. Ils ont battu la Turquie. Ils ont terminé premiers d’un groupe où toutes les équipes avaient six points. Ils ont disputé un quart de finale paralympique face à une grande nation historique. Ils ont été diffusés à la télévision. Ils ont été suivis dans un cinéma à Bruxelles. Ils ont donné au goalball belge une visibilité rare.

Tokyo a aussi montré les limites de l’équipe : une dépendance offensive importante à Klison Mapreni, une difficulté à marquer contre l’Allemagne, une douleur physique au mauvais moment, et un quart de finale où la Lituanie a mieux maîtrisé les séquences décisives.

Mais c’est précisément cette combinaison qui rend l’histoire forte. Tokyo n’est pas un récit lisse. C’est un récit de haut niveau : des exploits, des regrets, des blessures, des symboles, de la visibilité, une génération, un seuil manqué.

Une page majeure de l’histoire du goalball belge

L’épopée de Tokyo restera comme l’une des pages majeures de l’histoire des Belgian Bulls. Pas parce qu’elle s’est terminée par une médaille. Justement parce qu’elle ne s’est pas terminée ainsi. Elle reste dans cette zone particulière des grands récits sportifs : assez forte pour susciter la fierté, assez frustrante pour laisser des regrets, assez visible pour marquer les mémoires, assez inachevée pour continuer à nourrir l’ambition.

À Tokyo, la Belgique a montré qu’elle pouvait battre des grandes nations, terminer première d’un groupe paralympique, produire une performance individuelle exceptionnelle, porter un sport méconnu sur les écrans, rassembler des supporters et incarner une histoire collective rare.

Les Belgian Bulls n’ont pas atteint le dernier carré. Mais ils ont prouvé qu’ils en étaient proches. Ils n’ont pas gagné de médaille. Mais ils ont gagné une place dans la mémoire du goalball belge.

Tokyo 2020 restera donc comme une épopée significative : celle d’une équipe qui a transformé une qualification mondiale en rêve paralympique, un sport discret en rendez-vous médiatique, une fratrie en symbole collectif, et une défaite en quart de finale en héritage durable pour tout le goalball belge.

Classement final

Rang Équipe
1 Brésil
2 Chine
3 Lituanie
4 États-Unis
5 Japon
6 Belgique
7 Ukraine
8 Turquie
9 Allemagne
10 Algérie

Sélection

Joueur Club Structure
Wassime Amnir Ha. Vi. 2 Bruxelles Ligue Handisport Francophone
Klison Mapreni Ha. Vi. 2 Bruxelles Ligue Handisport Francophone
Rob Eijssen ViGe De Peltse Torballers G-sport Vlaanderen
Arne Vanhove ViGe Noordzee G-sport Vlaanderen
Bruno Vanhove ViGe Noordzee G-sport Vlaanderen
Tom Vanhove ViGe Noordzee G-sport Vlaanderen